Bienfaits de la nature sur l’homme : la biophilie et la théorie de la restauration de l’attention

La nature a des effets positifs sur la santé, c’est un fait (Moore, 1981; Ulrich, 1984). La médecine ancestrale japonaise, prescrivant des « bains de forêts » à leurs patients afin de renforcer leurs défenses immunitaires et leur bien-être, a inspiré les premiers travaux sur le sujet (Li, 2010). Depuis, des recherches ont montré par exemple qu’une simulation visuelle et/ou olfactive « de nature » pouvait produire les mêmes effets qu’un contact réel (Beukeboom, Langeveld, & Tanja-Dijkstra, 2012).

Mais comment la nature, même suggérée, peut avoir des effets positifs sur la santé ?

Il existe deux courants de pensée : la biophilie (Ulrich, 1993; Wilson, 1984) et la théorie de la restauration de l’attention (R. Kaplan & Kaplan, 1989; S. Kaplan, 1995).

La biophilie se base sur cette théorie que l’homme serait de façon innée en connexion avec la nature et que ce lien s’expliquerait en partie sur une base génétique. Cette théorie se rapproche des théories évolutionnistes de Darwin. La nature comblerait tous les besoins primaires de vie de l’homme et permettrait donc sa bonne santé mentale. Un parallèle a été fait avec les animaux d’un zoo afin d’expliquer ce phénomène. Grinde et Patil (2009) expliquent que ce n’est qu’avec une proposition d’aménagement proche de leur environnement naturel que les animaux peuvent avoir des comportements proches de ceux retrouvés en pleine nature. Si l’aménagement n’est pas adapté, alors les animaux développent des signes d’inadaptation se matérialisant par des comportements agressifs, des comportements sans but réel (stéréotypie), un refus de s’alimenter allant même jusqu’à la mort, un refus de se reproduire, des difficultés à reproduire des comportements naturels… Le manque de nature pourrait donc baisser nos capacités cognitives et modifier notre perception de l’information, entrainant des comportements inadaptés, du stress, de l’anxiété… La nature serait donc un élément de base nécessaire à notre développement et c’est son manque qui serait la source de différents maux.  

La théorie de la restauration de l’attention est soutenue par R. Kaplan et Kaplan (1989) et S. Kaplan (1995). La nature permettrait de reposer son système attentionnel et ce repos est rendu possible grâce à quatre éléments mis à disposition par la nature : la mise à distance (being away), la fascination, l’étendue (extent) et la compatibilité (compatibility).

  • La mise à distance : la nature, par sa composition simple et épurée, permet de ne pas se focaliser uniquement sur un élément (représentant une tache à réaliser, un danger, un stress,) et donc de reposer l’attention.
  • La fascination : c’est un mode particulier d’attention qui est involontaire ne demandant que très peu de ressources. Elle permet de renouveler les capacités de l’attention dirigée. La nature offrant de faibles stimulations, elle permet d’enclencher la fascination et de reposer l’attention dirigée.
  • L’étendue : c’est la capacité à s’immerger, à se projeter dans l’environnement. La nature, par sa composition, permet une immersion aisée.
  • La compatibilité : c’est la volonté de l’individu à vouloir s’immerger dans la nature et sa capacité à apprécier ses qualités.

D’après cette théorie, la nature permet de se décentrer d’une tâche ou d’un instant vécu comme stressant / anxiogène. Les travaux basés sur cette théorie se sont concentrés sur des tâches cognitives. D’après eux, la nature permet une meilleure mémorisation.

(Raanaas, Evensen, Rich, Sjostrom, & Patil, 2011), un meilleur apprentissage (Daly, Burchett & Torpy, 2010), une meilleure productivite (Shibata & Suzuki, 2004) et une meilleure reconnaissance des formes géométriques (Lohr, Pearson-Mims, & Goodwin, 1996). La nature, par ses courbes et ses stimulations faibles améliore les performances en permettant de reposer le système attentionnel et donc d’augmenter notre capacité de concentration.

Ces deux théories tentent d’expliquer les bienfaits de la nature sur l’homme. La biophilie est souvent utilisée pour expliquer le lien santé – nature et la théorie de la restauration de l’attention pour expliquer l’amélioration des performances cognitives. Beaucoup de questions restent en suspens, notamment sur le comment et pourquoi ces effets bénéfiques apparaissent.  Il reste encore beaucoup à découvrir sur ces sujets afin de percer tous les secrets du lien que nous avons avec la nature.

Moore, E. O. (1981). A Prison environment’s effect on health care service demands. Journal of Environmental Systems, 11, 17–34.

Ulrich, R. (1984). View through a window may influence recovery from surgery. Science, 224(4647), 420–421.

Beukeboom, C. J., Langeveld, D., & Tanja-Dijkstra, K. (2012). Stress-Reducing Effects of Real and Artificial Nature in a Hospital Waiting Room. The Journal of Alternative and Complementary Medicine, 18(4), 329–333.

Wilson, E. O. (1984). Biophilia: The Human Bond with Other Species. Cambridge, Massachusetts: Harvard University Press.

Ulrich S, R. (1993). Biophilia, biophobia, and natural landscapes. In I. Press (Ed.), The biophilia hypothesis (pp. 73–137). In S.R. Kellert & E. O. Wilson (Eds).

Kaplan, R., & Kaplan, S. (1989). The experience of nature: A psychological perspective. The experience of nature: A psychological perspective. New York, NY US

Kaplan, S. (1995). The restorative benefits of nature: Toward an integrative framework. Journal of Environmental Psychology, 15(3), 169–182. http://doi.org/10.1016/0272- 4944(95)90001-2.

Grinde, B., & Patil, G. G. (2009). Biophilia: Does Visual Contact with Nature Impact on Health and Well-Being? International Journal of Environmental Research and Public Health, 6(9), 2332–2343.

Raanaas, R. K., Evensen, K. H., Rich, D., Sjostrom, G., & Patil, G. (2011). Benefits of indoor plants on attention capacity in an office setting. Journal of Environmental Psychology, 31(1), 99–105.

Raanaas, R. K., Patil, G. G., & Hartig, T. (2010). Effects of an Indoor Foliage Plant Intervention on Patient Well-being during a Residential Rehabilitation Program. HortScience, 45(3), 387–392.

Daly, J., Burchett, M., & Torpy, F. (2010). Research Report -Effects of indoor plants on school performance.

Shibata, S., & Suzuki, N. (2004). Effects of an indoor plant on creative task performance and mood. Scandinavian Journal of Psychology, 45, 373–381.

Lohr, V. I., Pearson-Mims, C. H., & Goodwin, G. K. (1996). IInterior plans may improve worker productivity and reduce stress in a wondowless environment. Journal of Environmental Horticulture, 14, 97–100.